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Les témoignages de Fabrice et d'Yvonne

LE TEMOIGNAGE DE FABRICE

 

 

« A L’OMBRE »

 

En chacun d’entre nous, un Être dual, fait de corps et ‘d’esprit, tel Janus à deux visages, cherche à en trouver un troisième : Soi, son être profond. Un tableau d’Albert Bartholomé, peintre et sculpteur français du XIXème siècle, qui s’intitule « A l’ombre », dépeint à mon sens la quête principale de la vie : « Savoir qui l’on est en réalité ».

C’est un tableau dit naturaliste, en référence à la section du même nom dans laquelle il sera exposé pour la première fois au salon de Paris de 1878. Il représente un vieil homme portant veste et chapeau d’un vert bronze, assis sur un banc de bois naturel, sa main droite appuyée sur une cane, sa main gauche posée sur la cuisse. Il vous regarde, d’un air à la fois serein et sans illusion, comme assis là, paisible en attendant l’orage. Le visage et les mains marqués par une vie de travail d’extérieur, il profite, ici et maintenant, d’un temps de repos adossé à un mur sur lequel court un lierre d’un vert vigoureux. Tranquille et fort à la fois, les jambes écartées comme celui qui a autrefois ensemencé la terre, Il est à la fois celui qui est, qui a été, et qui sera.

 

Cette œuvre picturale chère à mon cœur a été acquise dans sa jeunesse par mon grand-père maternel. En fait, curieux achat pour un homme dans la force de l’âge, me suis-je longtemps demandé. Le tableau était installé sur un chevalet, dans le hall de sa grande maison, comme pour donner à penser qu’il était encore inachevé, et que l’artiste viendrait un jour en reprendre certains détails. Seul dans cette vaste demeure, tel que je l’ai connu, ce grand-père que nous surnommions Papé, contait avec force et vigueur à son petit fils une vie qui ressemblait au personnage du tableau. Petit et massif, il émanait de lui une autorité incontestable nourrie d’une vie incroyablement remplie. Né en 1900, avant dernier d’une famille paysanne savoyarde de onze enfants, il entrera brutalement dans le monde des adultes en s’engageant à 17 ans dans l’armée française, en ayant menti sur son âge, pour aller se battre sur le front et « venger » son frère ainé, mort dans les tranchées de cette première guerre mondiale transformée en boucherie. De retour sain et sauf, il sera successivement, architecte et constructeur d’avions avant guerre, puis à nouveau architecte après guerre, ce qui suscitera la vocation de mon père et la mienne.

 

Homme de conviction de droite, athée et libre penseur, il sera longtemps le président des intellectuels indépendants.

 

Mais le tableau n’a pas livré son mystère…

 

         Mon grand-père paternel, né en 1915, et que nous surnommions « Papi », aura quant à lui un destin plus protégé. Petit fils d’un député de la Guadeloupe de la troisième république, il est le cadet d’une famille bourgeoise et parisienne de deux enfants. Diplômé de Science-Po, il fera une carrière de haut fonctionnaire à Bruxelles dans les débuts de la construction Européenne. Bel homme au physique d’athlète, passionné de tennis, de poésie, de piano et de jolies femmes, il découvre les joies de la peinture vers la cinquantaine, se construira un atelier, et peindra des portraits et des paysages jusqu’aux derniers jours. Artiste, communiste et chrétien, comme il se plaisait à dire de lui, le rayonnement de son cœur et de sa générosité emportait quiconque le rencontrait dans son univers fraternel et imaginaire. Il posera, avec beaucoup d’humanité, comme le dit le titre d’un de ses livres de poésie, « quelques bornes sur le cheminement » que nous empruntons tous.

 

 Survient l’accident qui relie ses deux destins. Un coup d’épaule malencontreux, l’histoire retiendra un coup de vent causé par une porte ouverte, fit choir le tableau de son chevalet un beau soir d’été. Un de ses soirs magiques, ou la famille élargie et réunie profite d’un crépuscule radieux, rempli de l’espoir du lendemain. L’atterrissage est catastrophique pour le tableau. Un trou important apparait désormais dans la partie basse de la toile, et Papé peste d’une colère contenue. Papi, quant à lui, se réjouit d’avoir une œuvre à sauver. Il restaurera le tableau de main de maître, et rendra par là même le sourire à Papé. Ainsi, cet été là, les deux hommes s’unir pour sauver le troisième de la déchéance. Si différents, et en même temps si semblables, ils sont à jamais une partie de moi. Ce troisième homme est aujourd’hui le seul qui, matériellement et physiquement, demeure à mes cotés. Les deux autres restent vivants spirituellement, dans le temps présent, temps de partage que le tableau permet de rejoindre.

 

 

En cela, l’art est bien le fruit de la connaissance du présent, qui seul existe, une connaissance de l’Eternité que j’explore, « Hic et nunc », au travers de l’acte d’écrire. Le travail des hommes s’inscrit entre deux néants : Le passé qui n’est plus, et le futur qui n’est pas encore. Raconter une histoire n’est affaire ni de nostalgie, ni d’espérance. C’est croire au présent, à la vie, et aux hommes de bonne volonté. En cela, il nous faut rechercher en l’autre la part de vérité qui nous manque, pour la mettre en pleine lumière. Quand l’autre n’est plus en lui-même, il est encore en nous-mêmes. Aujourd’hui, par ces quelques lignes, j’espère encourager tous ceux qui transmettent une part de leur Être au travers du lien bien réel et effectif qu’ils entretiennent avec leurs ainés. Je leur dis merci la vie !

 

F. G-R

 

 

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TEMOIGNAGE D'YVONNE

 

 Je suis née en 1934 par un bel été au mois d'août.

Mes parents avaient déjà 3 enfants et en on eu 4 après moi.

Ils avaient construit (c'est mon père et mon oncle) une petite maison de deux pièces

mais sans WC ni salle de bain, les commodités étaient au fond du jardin et la baignoire : la lessiveuse.

Ma mère cousait bien et tricotait aussi, les après-midi, après la sieste.

Le bébé était installé dans une chaise sans paille devant les jambes de maman, cela lui servait de trotteur mais immobile, et maman cousait ainsi, assise faisant la causette avec ma grand-mère qui habitait juste à côté.

Les grands jouaient au cerceau avec une vieille roue de vélo au palais dans la cour, où à grimper aux arbres pour les plus grands.

Mon père travaillait dans la forêt, abattait du bois, pour le chauffage où pour faire des piquets où du charbon de bois pendant la guerre.

Nous l'aidions à mettre les morceaux de bois autour d'un four en ferraille, lui le rangeait puis le fermait, mettait le feu, refermait bien pour qu'il n'y ait pas d'air, seulement une petite cheminée.

Lorsque tout était brûlé, refroidi, il enlevait les cercles et on retrouvait le bois transformé en charbon qui servait de combustible pour les camions. Notre boulanger de Ladignac le long avait une camionnette, il nous livrait le pain avec son gazogène.

Nous avions deux chèvres ; lorsque j'ai eu 7-8 ans et plus, j'allais les garder dans le communal, j'emportais un tricot où du racommodage, j'aimais beaucoup tricoter où coudre, un jour, je me suis percée la cuisse avec les ciseaux. J'ai eu très peur, je saignais beaucoup, j'ai encore la cicatrice.

Le jeudi à midi (nous n'avions pas classe ce jour là avant) je portais à manger à notre père et à mes frères aînés qui étaient dans la forêt et j'y restais. Nous faisions des fagots, nous avions une petite serpe et on pelais les piquets (enlever la peau), on cherchait les champignons à l'automne, on rentrait à la maison le soir bien fatigués, on ne pensait pas à faire des bêtises, il fallait faire les devoirs, apprendre les leçons – notre maître d'école, Monsieur Mondouaud était sévère.

A l'école, on était nombreux, du C.P. au certificat d'études, le matin en arrivant tous, nous devions nous laver les dents, les mains, avoir des pantoufles, nous laissions les sabots ou les galoches dans un coin en rentrant.

 

Nous avions un petit journal que nous imprimions nous-mêmes, des correspondants

de toutes les écoles. En fin d'année, il y avait une kermesse ! Que de monde !

Et puis un projecteur de films, nous voyons de bons films.

La salle de classe rassemblait tout le village.

Avant les grandes vacances on faisait un voyage, nous sommes allés à Arcachon, à Royan, à l'île d'Oléron, etc...

 

C'est lors d'un grand voyage comme cela que j'ai vu la mer pour la première fois et aussi des lignes droites (des routes) qui me semblait faire des kilomètres de longueur.

Ici, chez nous, il n'y a que des virages et deux ou trois cents mètres de lignes droites.

La première fois que je suis allée à Limoges, maman avait une sœur qui habitait rue Montmailler.

J'avais sans doute dix ou douze ans, le maître m'a dit : « Ouvre grand tes yeux, tu nous feras une rédaction quand tu rentreras ». La gare de Limoges ! Quel énorme bâtiment ! Le tribunal ! Toutes ses maisons accolées les unes près des autres, c'est vrai, mes yeux étaient éblouis.

 

Vers la fin de la Guerre, mon père travaillait encore le bois mais il se construisait une cabane pour être à l'abri l'hiver, c'était du bois plus jeune, plus souple.

Il courbait des branches, les faisait se rejoindre en arrondi puis mettait des lattes attachées avec du fil de fer et pour couvrir le tout : les pelures et les copeaux.

Il fendait le bois pour faire des cercle de tonneaux, des échalats, des petits piquets...

A l'intérieur, il y faisait un feu, et s'éclairait jusqu'à 10 heures du soir avec une lampe à acétylène (pierre de carbure et très peu d'eau).

Souvent, ses chantiers étaient assez loin de la maison, il rentrait à vélo sous la pluie, la neige, le froid, il retrouvait sa maisonnée avec une bonne soupe bien chaude.

Ma mère tricotant au coin du feu, mon père était feuillardier.

Le samedi, quelques fois nous allions à la veillée chez les voisins, ou ils veillaient chez nous. C'était familial et très agréable. Ils jouaient à la belote et nous les enfants on dessinait, on riait...

Les Noël(s), peu de jouet(s), des oranges, des pommes dans nos sabots. Seule ma jeune sœur qui est née en 1943 a eu une poupée. Ma grand-mère nous offrait un paquet de pralines, hum c'était bon.

                                                                                                  Yvonne

 

 

 

 
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