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Les témoignages de Louise, Danielle et Nanoue

LE TEMOIGNAGE DE LOUISE

 

Je suis d'une génération où, après la guerre,

nous avons opté pour le confort et le réconfort.

Le pétrole aidant, tout fût plus facile.

L'accordéon de Jean Ségurel et la musique yéyé

La nourriture en abondance et variée

Nous l'avons voulu pour vous, notre descendance

Nous en avons et vous en avons fait profiter.

 

Mais que reste t'il de tout cela ? Que des déchets....

Nous, nous avons eu des grands-parents écolos avant l'heure

Nous, nous sommes des grands-parents écolos après l'heure

 

Vous les jeunes, vous allez sauver ce que nous avons abimé

Avec la technologie, les sciences, et de l'amour infini

Vous voilà investis d'une lourde charge, mais si constructive

 

Chaque génération à son joug à porter

Dans votre milieu rural, il y a tant à faire

Par des associations installées, des projets peuvent avancer

Je veux croire que votre recherche avec « Nex'Génération » va porter ses fruits pour ce bien intergénérationnel.

   

Je suis née dans une ferme, je peux vous raconter mon enfance en commençant par le climat, j'ai connu des hivers rigoureux, bien marqués comme on dit, et de novembre à mars, le Limousin était réputé pour être froid, tout ceci a bien changé, et pourtant cette année 2009/2010, je m'y croirait revenue.

 

Nous portions des chaussures « galoches » montantes en cuir fermées par des lacets, avec des semelles en bois qui avaient dessous des caoutchouc, pour les ressemeler, les parents avaient ce qu'on appelait une forme, c'était une grosse tige en fer qui comportait plusieurs pointures, ou enfilé, les galoches ou les sabots, on appliquait les caoutchoucs ou les fers que l'on faisait tenir avec des petites pointes

qui rentraient dans le bois, avec ça on allait à l'école sans sentir l 'humidité, car le matin à 7h30, nous partions l'hiver avec la nuit seuls sur les routes et chemins,

2,5 kms  et l'herbe était mouillée.

 

Quand il y avait de la neige, on y allait aussi, on jouait aux boules de neige, on arrivait en retard mais on était heureux.

Nous n'avions pas de télévision, pas de cinéma, à peine des jeux de société, mais surtout nous aidions les parents, donc pas de quoi s'ennuyer, pas de sorties non plus, sauf les fêtes de famille.

 

Quand je suis partie au collège et en pension à l'âge de 11 ans à Limoges avec mes galoches, la première année, j'ai beaucoup souffert du regard des autres. Les copines avec de l'argent s'achetaient des roudoudous, c'était une pâte à bonbon coulée dans « un coquillage » et que l'on léchait, moi, je m'achetais le pain pour une journée.

En pension chez les religieuses, je devais l'acheter, ce fût très dur et cela a perturbé mes études, à cette époque, je n'étais pas la seule.

Parler de la nourriture à la campagne, les gens étaient autonomes avec le jardin et les champs, à chaque saison les légumes suffisaient, ils mettaient aussi en conserve, il y avait des fruits et des légumes en ville dont ils n'ont jamais connu l'existence.

 

 

Les pommes, les poires étaient mises au cellier, les prunes séchées, les châtaignes qui arrivaient en octobre, étaient épluchées aux veillées de l'hiver, ensuite blanchies, ça veut dire nettoyées. Ces centaines de kilos de châtaignes étaient vendues, et ma grand-mère me racontait qu'elles lui payaient le salaire pour une année de son domestique, ce produit en Limousin a presque disparu dans les années 1965 mais le voilà de retour.

Pour la boisson on faisait du cidre avec des pommes acides, seule boisson pendant six mois de l'année, ensuite c'était l'achat de vin en barrique.

 

Avec le cidre qui tournait en piquette, un bouilleur de cru venait avec son alambic

sur la place du village pour en extraire de la gnôle qui pouvait titrer 45° d'alcool, les grands-mères s'en servaient pour les fruits à l'eau de vie, parfumer clafoutis et desserts, aussi des grogs pour les rhumes.

Des plantes étaient mises à macérer dans cet alcool et là c'était pour la pharmacopée ménagère.

Il n'y avait pas de couverture sociale, on ne pensait pas à la retraite, les familles vivaient à trois générations sous le même toit, dans les années 1955-1960, tout s'améliore.

Pour les protéines, il y avait les œufs, les poules, les oies, les canards et tout ça se multipliait sur place, les lapins, dont les peaux étaient mises à sécher sur une branche d'osier recourbée et pendue à une poutre pour le séchage dans le fournil ou trônait une chaudière pour faire cuire ce que l'on appelait la « baccade, » pomme de terre cuites et écrasées avec du son pour engraisser un cochon.

Le four à pain qui servait un jour par mois ou tout le village convergeait pour cuire le pain qui pouvait se conserver 3 semaines. D'autres propriétaires avaient un four et la cuisson se faisait à tour de rôle. La pâte levée, on la mettait dans des panières ou (palissou, elles étaient tressées avec de la paille de seigle) pour la faire lever et sous les édredons dans les lits. Tous avaient un édredon, les matins d'hiver voyaient les vitres givrées d'arabesques.

Le cochon était tué sur place, nous les enfants nous avions si peur de ses couinements, mis au saloir (obligé, nous n'avions pas de frigo) dans de grandes jarres en gré, aussi la charcuterie et les jambons.

  

On portait le blé au moulin et on ramenait la farine au boulanger en échange de pain vers les années 1955, le son servait pour le cochon.

Tous les trois mois passait un homme en vélo qui criait « Peaux de lapin », peaux par les rues du village, un peu sale, les enfants étaient effrayés et les parents quand nous n'étions pas sages nous disaient : le payorot vas vous emmener, là, nous nous calmions.

Il y avait aussi le ramoneur qui passait nettoyer les cheminées tous les ans, on ne voyait que ses yeux, là aussi, les enfants décampaient.

Tous les hivers, un bourrelier louait un local et réparait le cuir, pour le harnachement des chevaux et celui des bœufs ou des vaches, seul moyen de traction pour la terre.

Dans les années 1958-1960 sont arrivées les facilités à emprunter. Les propriétaires qui avaient des métayers se sont mis à vendre leur ferme, les petites propriétés se sont agrandies, les tracteurs et tout le matériel agricole a suivi, et une autre ère est arrivée, la télévision, la voiture enfin !

Les mentalités paysannes ont changé, le gasoil valait 30 cts de francs, le travail se trouvait facilement, et cette génération d'agriculteurs et les gens des villes se sont mis

 

Nous sommes en 2010, et voilà que vous, nouvelle génération, vous allez savoir dire stop, nous voulons changer et améliorer ce que vous nous laissez, j'en suis ravie, pour ma part, il y a bien des années que j'ai commencé à changer pour que notre planète terre souffre moins.

J'ai eu de la chance de vivre avec des grands-parents, des voisins qui eux aussi nous protégeaient, la construction d'un enfant passe par des rapports humains généreux.

Vous qui construisez l'avenir, sachez vous en souvenir.

Merci d'y avoir pensé

Bonne route pour la suite...

                                                       

Louise

                                                       

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LE TEMOIGNAGE DE DANIELLE

 

Née un an et demi après le retour de déportation de mon père (Buchenwald, Dora), mes parents ne pouvaient gérer la naissance d'un bébé.

 

Je fus élevée par mes grands-parents paternels au domicile desquelles vivait aussi mon arrière grand-mère maternelle.

 

J'ai entendu quelques bribes de patois car mon grand-père interdisait que mes grands-mères parlent patois : il voulait que sa petite fille parle un bon français.

Avoir été élevée par ces deux générations m'as permis de constituer mes premières racines en l'absence de mes parents.

 

Bravo à vous, tous les jeunes qui faites un travail sur les relations familiales, indispensables à un véritable et solide enracinement dans la vie.

 

Bravo à vous, tous les jeunes, qui m'avez posé des questions en portant un certain intérêt aux réponses d'un autre temps.

 

Bravo à vous qui avez compris que la liberté n'est pas de faire ce qu'on a envie de faire, comme un chien fou, mais de considérer que cette liberté commence ou finit celle des autres.

 

Bravo pour votre action

 

Danielle                                                                 

 

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LE TEMOIGNAGE DE NANOUE

                                                 

Lettre pour Odette, née en 1909, et qui aura 100 + 1 ans

le jour du Printemps !

 

Ma Mémé,

 

Souvent, je t'ai interrogé sur ta vie. Tu étais une petite fille heureuse, choyée par un père et un frère très présents et une mère trop vite disparue.

Enfant effrontée, tu revendiquais déjà le droit de ne pas être une « petite fille bien élevée » pour aller faire du vélo avec les garçons !

Ton père, dont tu étais très proche, « avait fait quinze mois de Verdun » et était revenu empoisonné par les gazs

déversés dans les tranchées. Il a vécu près de toi jusqu'à sa mort, et mon père, ton fils aîné, nous racontait souvent les quintes de toux qui lui déchiraient la poitrine la nuit, car ils partageaient le même chambre.

Ton frère chéri est mort pendant la 2° guerre.

Tu t'es mariée à 20 ans « car à 20 ans on est cornichon tu sais, on se marie pour une robe blanche! » et mon père est venu au monde fin 1929, suivi par tes deux autres enfants, Pierrette et Jacques. Jacques est mort à l'âge de 5 ans, Pierrette à 33 ans. Elle laissa 3 petits garçons dont tu t'es occupé toute leur enfance, et aujourd'hui encore !

 

Tu as transformé tes souffrances pour nous faire une enfance dorée. Tu dis encore aujourd'hui qu'il faut laisser les enfants libres ! Tu étais permissive et confiante, toujours gaie !


Pour nous 5, tes petits enfants, les jeudis de « pas école » et les grandes vacances étaient une fête. Tu nous laissais cuisiner, tu nous emmenais courir au Bois de la Bastide, construire des cabanes et des arcs, tu nous prêtais ta garde-robe « d'autrefois » pour nous déguiser ; tu préparais de merveilleux casse-croûtes au camembert pour nos journées de pêche et nous emmenais pique-niquer au fond du jardin et c'était la fête !

Tu dis encore aujourd'hui que la vie est assez dure lorsqu'on est grand... pour qu'on en profite enfant !

                   

Nous avons grandit, vieillit à notre tour, quitté cette enfance à reculons et tu as toujours été présente pour nous.

A 99 ans, tu vivais seule dans ta campagne, toujours joyeuse de chaque nouveau jour ! Tes voisins parlent de toi comme « une si belle dame » !

Tu as traversé le siècle et ta mémoire est intacte. Tu as vu la société se transformer et tu as su t'adapter sans problème. Tu es féministe depuis toujours, avant-gardiste et toujours pleine d'humour.

 

Je t'amène à des fêtes et à des mariages, toutes deux complices. Le dernier, c'était celui de ton arrière petite-fille, qui a fait de toi une arrière- arrière grand-mère ! Je suis fière de t'avoir à mon bras et nous rions beaucoup !

Il y a 20 ans, une mauvaise chute t'a obligé à regagner ta maison citadine, où je veille sur toi.

Nous avons fêté tes 100 ans, tous joyeux près de toi : petits-enfants, arrières petits-enfants et arrière-arrière petite fille !

 

Je veille sur toi, c'est ma manière de te rendre ce que tu nous a donné, et lorsque je te regarde te reposer, je sais que derrière tes paupières baissées, tu refais le film de ta vie …      que tu nous revoie courant autour de toi, que tu entends nos rires et que tu es bien. Nulles douleurs, nulles tristesses, juste l'attente de partir retrouver « tes chers disparus »...

 

Je te protège de mon affection, j'adoucis tes jours et je te remercie pour la force que tu m'as transmise. Car c'est elle qui m'aide à t'accompagner.

Quel bonheur d'être un petit bout de toi !

 

A demain, ma mémé, il fera jour !

 

Nanoue

 
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