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Les témoignages de René, Jeanne et Louise

TEMOIGNAGE DE RENE

 

Quelle bonne idée. A un moment où je me dis très souvent « la mémoire du passé ne sert à rien » ou encore « la mémoire fout le camp », un groupe de jeunes a décidé de la faire vivre, et de quelle manière.

Les paroles, tout d'abord, mais comme ils sont conscients que les paroles s'envolent, ils vont entreprendre un travail d'écriture.

 

Le challenge est difficile et il sera le moteur de plusieurs mois de travail.

Je ne peux que les encourager à poursuivre leur objectif, questionner un maximum de témoins du passé et dans tous les domaines.

 

Parler du passé, ce n'est pas pas seulement écouter la petite histoire de chacun,

mais aussi s'intéresser à l'évolution de la société, de ses usages, connaître

 et comprendre comment la société réagissait face aux besoins des collectivités, de la mécanisation, de tout ce qui intéresse les citoyens quelle que soit leur situation.

 

Continuez et sachez qu'en cas de besoin, vous pouvez compter sur mon soutien, soucieux que je suis de garder « la mémoire », comme vous l'êtes aussi.

 

Je vous félicite.

  R. R.

 

 

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TEMOIGNAGE DE JEANNE

 

Récemment avec vous et grâce à vous, j'ai pris conscience d'avoir traversé trois-quart de siècle ! … Don merveilleux que la vie !

Me souvenir... d'une enfance dans la campagne limousine, des odeurs du soir derrière les meules de foin où nous jouions à cache-cache, des hivers si froids...

1940-41... des galoches à semelles de bois point trop confortables ! ….

de l'importance de la T.S.F., cette radio qui transmettait les nouvelles et leur cortège de tristesse et d'espoir … !

 

Mais je n'aime pas trop regarder en arrière !

Et le présent est ce beau projet que vous portez et qui veut être convergence entre le passé et l'avenir.

 

L'important, me semble t'il, est de rester à l'intersection de ceux qui nous ont précédés et de ceux qui sont nos contemporains.

 

Il est vrai que tout homme est autre chose que ce que nous voyons et qu'il y a tant de philtres entre nos yeux et nos coeurs : la quête du bonheur est commune à toutes les générations et chacun a des secrets porteurs de joie !

Mon secret : mon jardin, havre de paix, plaisir de la bêche, du semis, de la cueillette ; écolo avant l'heure, les fleurs, les fruits, les insectes, les arrosoirs...

m'ont appris la patience.... et un peu de sagesse !

 

Alors, vous les jeunes, rêvez et travaillez à transformer le monde en un jardin heureux !

Vous êtes le printemps et nous sommes l'automne...

 

Creusez votre sillon et la récolte sera belle...

 

J. M.

   

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TEMOIGNAGE DE LOUISE

 

Je suis née dans une ferme, je peux vous raconter mon enfance en commençant par le climat, j'ai connu des hivers rigoureux, bien marqués comme on dit, et de novembre à mars, le Limousin était réputé pour être froid, tout ceci a bien changé, et pourtant cette année 2009/2010, je m'y croirait revenue.

 

Nous portions des chaussures « galoches » montantes en cuir fermées par des lacets, avec des semelles en bois qui avaient dessous des caoutchouc, pour les ressemeler, les parents avaient ce qu'on appelait une forme, c'était une grosse tige en fer qui comportait plusieurs pointures, ou enfilé, les galoches ou les sabots, on appliquait les caoutchoucs ou les fers que l'on faisait tenir avec des petites pointes

qui rentraient dans le bois, avec ça on allait à l'école sans sentir l 'humidité, car le matin à 7h30, nous partions l'hiver avec la nuit seuls sur les routes et chemins,

2,5 kms  et l'herbe était mouillée.

 

Quand il y avait de la neige, on y allait aussi, on jouait aux boules de neige, on arrivait en retard mais on était heureux.

Nous n'avions pas de télévision, pas de cinéma, à peine des jeux de société, mais surtout nous aidions les parents, donc pas de quoi s'ennuyer, pas de sorties non plus, sauf les fêtes de famille.

 

Quand je suis partie au collège et en pension à l'âge de 11 ans à Limoges avec mes galoches, la première année, j'ai beaucoup souffert du regard des autres. Les copines avec de l'argent s'achetaient des roudoudous, c'était une pâte à bonbon coulée dans « un coquillage » et que l'on léchait, moi, je m'achetais le pain pour une journée.

En pension chez les religieuses, je devais l'acheter, ce fût très dur et cela a perturbé mes études, à cette époque, je n'étais pas la seule.

Parler de la nourriture à la campagne, les gens étaient autonomes avec le jardin et les champs, à chaque saison les légumes suffisaient, ils mettaient aussi en conserve, il y avait des fruits et des légumes en ville dont ils n'ont jamais connu l'existence.

 

 

Les pommes, les poires étaient mises au cellier, les prunes séchées, les châtaignes qui arrivaient en octobre, étaient épluchées aux veillées de l'hiver, ensuite blanchies, ça veut dire nettoyées. Ces centaines de kilos de châtaignes étaient vendues, et ma grand-mère me racontait qu'elles lui payaient le salaire pour une année de son domestique, ce produit en Limousin a presque disparu dans les années 1965 mais le voilà de retour.

Pour la boisson on faisait du cidre avec des pommes acides, seule boisson pendant six mois de l'année, ensuite c'était l'achat de vin en barrique.

 

 

Avec le cidre qui tournait en piquette, un bouilleur de cru venait avec son alambic sur la place du village pour en extraire de la gnôle qui pouvait titrer 45° d'alcool, les grands-mères s'en servaient pour les fruits à l'eau de vie, parfumer clafoutis et desserts, aussi des grogs pour les rhumes.

Des plantes étaient mises à macérer dans cet alcool et là c'était pour la pharmacopée ménagère.

Il n'y avait pas de couverture sociale, on ne pensait pas à la retraite, les familles vivaient à trois générations sous le même toit, dans les années 1955-1960, tout s'améliore.

Pour les protéines, il y avait les œufs, les poules, les oies, les canards et tout ça se multipliait sur place, les lapins, dont les peaux étaient mises à sécher sur une branche d'osier recourbée et pendue à une poutre pour le séchage dans le fournil ou trônait une chaudière pour faire cuire ce que l'on appelait la « baccade, » pomme de terre cuites et écrasées avec du son pour engraisser un cochon.

Le four à pain qui servait un jour par mois ou tout le village convergeait pour cuire le pain qui pouvait se conserver 3 semaines. D'autres propriétaires avaient un four et la cuisson se faisait à tour de rôle. La pâte levée, on la mettait dans des panières ou (palissou, elles étaient tressées avec de la paille de seigle) pour la faire lever et sous les édredons dans les lits. Tous avaient un édredon, les matins d'hiver voyaient les vitres givrées d'arabesques.

Le cochon était tué sur place, nous les enfants nous avions si peur de ses couinements, mis au saloir (obligé, nous n'avions pas de frigo) dans de grandes jarres en gré, aussi la charcuterie et les jambons.

 

On portait le blé au moulin et on ramenait la farine au boulanger en échange de pain vers les années 1955, le son servait pour le cochon.

Tous les trois mois passait un homme en vélo qui criait « Peaux de lapin », peaux par les rues du village, un peu sale, les enfants étaient effrayés et les parents quand nous n'étions pas sages nous disaient : le payorot vas vous emmener, là, nous nous calmions.

Il y avait aussi le ramoneur qui passait nettoyer les cheminées tous les ans, on ne voyait que ses yeux, là aussi, les enfants décampaient.

Tous les hivers, un bourrelier louait un local et réparait le cuir, pour le harnachement des chevaux et celui des bœufs ou des vaches, seul moyen de traction pour la terre.

Dans les années 1958-1960 sont arrivées les facilités à emprunter. Les propriétaires qui avaient des métayers se sont mis à vendre leur ferme, les petites propriétés se sont agrandies, les tracteurs et tout le matériel agricole a suivi, et une autre ère est arrivée, la télévision, la voiture enfin !

Les mentalités paysannes ont changé, le gasoil valait 30 cts de francs, le travail se trouvait facilement, et cette génération d'agriculteurs et les gens des villes se sont mis

   

Nous sommes en 2010, et voilà que vous, nouvelle génération, vous allez savoir dire stop, nous voulons changer et améliorer ce que vous nous laissez, j'en suis ravie, pour ma part, il y a bien des années que j'ai commencé à changer pour que notre planète terre souffre moins.

J'ai eu de la chance de vivre avec des grands-parents, des voisins qui eux aussi nous protégeaient, la construction d'un enfant passe par des rapports humains généreux.

Vous qui construisez l'avenir, sachez vous en souvenir.

 

Louise

 
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