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Les témoignages de Gaud et Claudine

TEMOIGNAGE DE GAUD CLAUSSE 

 

Lors de mes 15 ans, je me souviens encore de mon impatience à attendre mes 18 ans ! C'était le signe à mes yeux de ma majorité et des nombreuses possibilités

qu'elle m'offrirait : liberté de conduire, de voter, de travailler en gagnant de l'argent, de m'opposer farouchement à l'avis des adultes, etc...

Mais lorsque mes 18 ans sont arrivés, à mon grand étonnement, j'ai pris conscience que le temps avait fait courir plus vite que moi mes petits cousins que je voyais encore marcher à 4 pattes ! … J'ai pris mon « premier coup de vieux »!

A 20 ans, j'ai réalisé le poids porté par les responsabilités d'adultes que je devais moi aussi acquérir afin de prétendre à la liberté...

 

Malgré tout, je croyais croquer la vie à pleine dent en fonçant tête baissée sans m'arrêter.

La vie, le travail, le mariage et les enfants m'ont happés inexorablement.

J'ai galopé pour assumer et rester dans la course... et dans le vent.

 

Cependant, à l'aube de la deuxième partie de ma vie, je réalise qu'il vaut mieux vivre lentement mais sûrement... J'apprends à observer, à canaliser mes idées, mes envies, à faire des choix, à réfléchir plus posément.

C'est surtout parce qu'en périodes de doutes ou d'angoisses, je me suis toujours réfugiée dans le souvenir de mon grand-père... Henri.

 

Lorsqu'il nous a quitté, j'ai brusquement réalisé l'immense vide et silence qui m'oppressaient.... Trop tard...

Lorsque nous sommes jeunes et trop fougueux, nous ne réalisons pas l'immense

chance que nous avons à vivre avec nos grands-parents ou personnes âgées... elles qui vont trop lentement pour nous, elles qui préfèrent s'entourer de calme, de tranquillité et de musiques douces... alors que le bruit, l'exitation, la rapidité et l'impatience sont légion des jeunes !

Nous avons énormément besoin de ce contact, de ces échanges qui nous ouvrent les yeux et nous permettent de comprendre la vie en nous rassurant.

                                              

Inconsciemment, vous êtes nos piliers, nos soutiens, nos bibliothèques à savoirs et à souvenirs.

Vous êtes notre sève historique, familiale et personnelle.

C'est par la transmission de vos connaissances, de vos souvenirs de vie que nous apprenons à vous comprendre, à vous écouter, à vous respecter et naturellement à vous aimer !

Grâce à Nex'Génération, laissez-nous vivre et partager vos envies et émotions vécues,

encore et encore et pour toujours !

                                                       

Merci à vous tous !

Gaud


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TEMOIGNAGE DE CLAUDINE B.

                                                       

Bonjour et merci pour votre projet.

Pour raconter mes meilleurs souvenirs d'enfance, d'adolescence, de jeunesse, en somme... de ma vie, quelques pages ne suffiraient pas.

Le fait de parler avec vous a ravivé plein de souvenirs enfouis dans mon coeur. Mes enfants sont plus âgés que vous et je suis déjà Mamie. Je vois l’évolution de la vie en quelques années. Aujourd’hui, je ne sais pas ce que l’on ferait sans internet et je ne parle pas de tous ces jeux auxquels je ne comprends rien. les enfants ne parlent plus et ne communiquent plus entre eux ni même avec les parents. Je me rends compte qu’ils fichent la paix à tout le monde lors de repas de famille.

Je dirai souvent, nous, car nous étions quatre enfants, une sœur plus âgée, un frère avec lequel j’étais complice (nous avions dix huit mois d’écart) et une sœur plus jeune de quatre ans.  

Mes parents habitaient  un petit village de campagne et nos jeux étaient inventifs car nous n’avions pas de jouets. Je suis une enfant née après la guerre et la vie de famille se reconstruisait petit à petit. Mes parents connaissaient de grosses difficultés financières et nous en souffrions car d’autres enfants bénéficiaient du confort auquel nous n’avions pas droit. Mais nous étions heureux car mes  parents nous aimaient et nous nous étions habitués à cette vie de campagne.

Comme  j’aimerai revivre ces moments!

La conversation des grands était en patois pour ne pas que les enfants comprennent et surtout redisent les histoires de famille ou  du village. Mais nous nous étions habitués à ce langage et ce charabia  nous amusait beaucoup. C’est ainsi que nous savions tout ce qui se décidait des évènements heureux ou malheureux .

Les saisons rythmaient notre vie et nos moments les plus merveilleux étaient les veillées d’hiver. Nous nous couchions tard et on réveillonnait entre voisins. Les hommes tapaient la belote, les femmes tricotaient et les enfants jouaient à la bataille. La soirée se terminait par un bon casse-croûte avec les produits fabriqués par la maîtresse de maison. Pas besoin de psychologue les gens se parlaient, s’entraidaient et partageaient.                                                 

                                                                                                                         

L’été, à la période des foins, nous nous attardions en rentrant de l’école à cueillir les fraises des bois sur notre chemin mais dès que nous entendions le clic clic de la faucheuse , nous savions que notre maman avait prévu le goûter dans le pré. C’était délicieux: le vin sucré était au frais dans une rigole (petit fossé creusé où l’eau coulait fraîche) et nous avions droit à faire trempine. (C’est des  petits morceaux de pain que l’on trempait dans ce vin sucré additionné d’eau).

 

Nous avions une fête qui était un travail épuisant, mais que nous, enfants, attendions avec impatience: c’était la batteuse dans le village. Les hommes allaient de maison en maison pour le battage des céréales et les femmes étaient assez occupées par la préparation des repas. Là, c’était l’opulence et chaque femme essayait de faire  les meilleurs plats pour flatter les hommes qui en fin de journée étaient épuisés. Nous avions le droit d’assister au repas et à la fin chacun y allait de sa petite chanson. Ah! La Madelon, le trompette en bois, Sous les ponts de Paris, l’amant de Saint Jean, tiens Bruel nous la refait...Et quand la machine quittait le village nous étions tristes...

A l’automne nous aimions ramasser les châtaignes que ma mère faisait cuire dans la chaudière avec des pommes de terre pour les animaux. J’ai encore l’odeur et le goût de ces légumes dans ma tête.

La période la plus pénible dans mes souvenirs reste les soirées au mois de février où mon père partait dans les bois avec sa lampe à carbure pour faire les piquets. Une cabane faite de bois de châtaigniers,  couverte de copeaux lui servait d’abri et d’atelier de travail. J’avais beaucoup de mal à m’endormir en pensant qu’il pouvait avoir très peur. En fait, il n’était jamais seul car beaucoup d’hommes faisaient ce travail et là encore les gens étaient solidaires.

En parlant de çà, je repense à ma grand mère paternelle qui habitait à côté de la maison de mes parents et qui "toupinait" toute la nuit. Je me suis toujours demandée ce qu’elle pouvait bien faire et je ne le saurai jamais. Je suppose qu’elle devait avoir des insomnies et qu’elle vaquait aux occupations de la maison car il n’y avait pas d’appareils ménagers et tout se faisait à la main.

                                                                                     

Elle cuisinait une soupe dans un" marmitou" qui ne servait qu’à çà. Le soir, elle coupait des tranches fines de pain arrosées de ce bouillon dans un grand bol qu’elle couvrait d’une assiette.                               

 

Cette odeur de soupe se répandait dans le village car elle mitonnait toute la journée dans une marmite suspendue à la crémaillère dans la cheminée.

Le grand père mettait les pieds devant  la cheminée et attendait un bon moment avant de déguster cette soupe dans laquelle il ajoutait un bon coup de vin rouge. Je n’aimais pas lui souhaiter bonne nuit car sa moustache sentait le vin. Vraiment les enfants d’aujourd’hui  trouveraient  bonne cette soupe et la dégusteraient avec plaisir.

Ma grand mère paternelle parlait d’une drôle de façon et quand mes parents voulaient lui tenir tête elle disait mais bien sûr en patois : « T'en fais pas petit ce qui mûrit les cerises te murira bien » ou d'autres dictons, mais pas à dire ici, cela pourrait paraître vulgaire. Nous cherchions la signification de ces phrases. Elles s'appliquent encore aujourd'hui.

Je disais que j'étais née après la dernière guerre. Mes parents  avaient une toute petite propriété. Ils ont eu la fièvre aphteuse sur toutes leurs bêtes. A cette époque point d'indemnisation et il a fallu quitter notre petite maison.

Ils sont alors partis comme ouvriers agricoles. C’est une période qui m’a énormément marquée car je changeais souvent d’école. Par contre j’ai la chance d’avoir gardé des camarades un peu partout et quand nous nous retrouvons nous avons beaucoup de souvenirs à partager.

Mes parents sont revenus à la retraite dans leur maison. Nous avons profité d’une seconde vie de famille avec mari, enfants, frères, sœurs, neveux et nièces. Nous avons continué tous ensemble  cette vie de famille, mais ça, c’est une autre histoire.

                                                        

Je viens juste de prendre, moi aussi, ma retraite et j’espère en profiter un peu. J’ai toujours aimé les relations avec les autres plus particulièrement avec les personnes qui ont un vécu. Elles ont tellement à nous apprendre, en savoir, en sagesse.

 

Merci encore à votre ingénieux projet « Nex’Génération » Merci de nous avoir donné la parole.

A toutes les générations : faites de votre vie ce que vous en voulez, mais la plus belle est la vie de famille.

   

Claudine B.

 

 

 

 
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